Vue de Mulhouse publiée par Engelmann Père & Fils à Mulhouse, vers 1842

Une vue panoramique doublée d’une mosaïque : un trésor d’iconographie mulhousienne !

Cette "Vue de Mulhouse", par sa conception même, surprend en ce qu’elle anticipe de beaucoup les vues touristiques et, en particulier, les cartes postales illustrées qui se diffusent à partir de la fin du 19e siècle (et ce dès 1870 en Allemagne et dans l’Alsace-Moselle allemandes), jusqu’aux cartes postales photographiques multi-vues des années 1970. 

De fait, la "maquette" de ces dernières n’est guère éloignée de cette lithographie éditée à Mulhouse sous la raison commerciale "Engelmann Père & Fils". Et, si leur facture est cette fois très éloignée de notre lithographie délicatement rehaussée de couleurs, remarquons au passage que le procédé d’impression lui-même de ces cartes aux couleurs souvent criardes, l’offset, est dérivé de la lithographie, dont il emprunte le principe !

Un exemple de carte postale "multi-vues" des années 1970 : "Panorama de Mulhouse" (Archives départementales du Haut-Rhin, 9 Fi 786).

Mais commençons par évoquer le versant le plus "classique" de cette lithographie en coloris d’époque éditée à Mulhouse sous la raison commerciale "Engelmann Père & Fils", à savoir la grande vue centrale en perspective de Mulhouse, à laquelle les vignettes représentant chacune un monument ou un édifice mulhousien servent d’encadrement et comme d’écrin. Il existe, de fait, une petite tradition d’estampes présentant des vues en perspective cavalière de Mulhouse depuis les hauteurs du Rebberg en direction des Vosges ou, pour reprendre le titre de cette vue emblématique de la série des Manufactures du Haut-Rhin (Mulhouse, Engelmann, 1822-1825) de Jean Mieg, "du côté du levant".

Pour les estampes les plus anciennes, pensons pour le 17e s. à la carte de Daniel Meissner publiée dans son Thesaurus philo-politicus (Francfort : Kieser, 1623-1626) et à la planche gravée "Mülhausen im obern Elsass" de M. Merian qui orne la Topographia Alsatiae de M. Zeiller (Francfort : W. Hoffmann, 1644) ; pour le 18e s., parmi bien d’autres, à la gravure "Prospect der Stadt Mühlhausen. Vue de la Ville de Mulhouse" de D. Herrliberger ; et, pour le début du 19e s., outre la vue déjà citée, emblématique et "prototypique" issue des Manufactures du Haut-Rhin, à cette rare "Vue de Mulhouse prise du côté du Levant. Dessinée d'après nature par H. Luttringshausen, an 1810", gravure à la composition relativement proche d’une autre vue "panoramique" de Mulhouse, dépliante et cette fois lithographiée, "Mulhausen Anno 1810" ornant le livre du chroniqueur Mathieu Mieg Der Stadt Mülhausen Geschichte bis zum Jahr 1816–1817 (Mülhausen : Johannes Rissler, 1816-1817), déjà tirée par Engelmann d’après Mieg, et pouvant presqu’être encore considérée, à cette date, comme un "incunable de la lithographie".

Notre vue centrale s’inscrit pleinement dans cette tradition. Bien plus, elle vient comme répliquer une autre "Vue de la Ville de Mulhouse" lithographiée, des mêmes Engelmann et Rudolf Huber, celle-ci datée de 1836, dont le Musée historique de Mulhouse conserve une superbe épreuve aquarellée, que nous reproduisons ici pour la mettre en regard de celle acquise par la Bibliothèque municipale en 2019. Sous-titrée "Fête des vendanges" dans la monumentale Histoire documentaire de l'industrie de Mulhouse et de ses environs au 19e siècle par la Société industrielle de Mulhouse (Mulhouse : Vve Bader et Cie, 1902) où elle est reproduite (planche XVI), elle apparaît comme la matrice de notre "Vue de Mulhouse" du début des années 1840.

Un examen un peu attentif du premier plan révèle que le point de vue du dessinateur de notre vue non datée se situe, quelques années plus tard, à peu près au niveau du talus couvert de verdure constituant le premier plan de la Vue de 1836 (avec le petit arbre au centre).

C’est ce point de vue légèrement plus avancé qui permet de distinguer sur la gauche une sorte de petite plate-forme aménagée sans doute comme belvédère, plantée d’arbres et entourée d’une balustrade à laquelle sont accoudés trois personnages, visiblement des notables (dont une dame portant une ombrelle). On retrouve la large voie creusée depuis la ville vers les hauteurs, dont les bords sont étayés à certains endroits de murs de pierre surmontés par les vignes ; l’escalier ménagé dans le petit parapet (sur la gauche) ; le terre-plein (sur la droite) sur un renflement duquel un escalier a été aménagé (on y voit un couple de personnages qui descend). Dans le coin inférieur gauche, le défrichement semble progresser encore en hauteur : un personnage s’active avec des outils là où sur la Vue de 1836 on voit encore de la végétation. D’ailleurs, la sorte de trouée sur la partie droite de la Vue de 1836, défrichée voire creusée sur la partie plantée et arborée de la colline, et qui accueillait le banquet de la fête des vendanges présente maintenant un aspect différent, à la faveur d’un terrassement partiel (on aperçoit d’ailleurs deux personnages – avec des pioches ? - le dos courbé vers les pentes du talus).

D’autres différences se révèlent entre les deux vues au niveau des rares constructions qui s’élèvent sur les pentes du Rebberg : la maison à colombages et toit à quatre pans de la Vue de 1836 est désormais flanquée d’une autre maison ; la tourelle sur laquelle on distingue un couple de personnages jouissant du panorama de la Vue de 1836 est désormais coiffée d’une toiture et on aperçoit maintenant en contre-bas une importante demeure qui ne figurait pas encore sur la Vue de 1836, etc.

Mais la principale - mais capitale ! - différence entre les deux vues "jumelles" est l’arrivée en ville, sur la seconde, du train, qui se matérialise par la représentation, à la fois sur la vue centrale et sur la deuxième vignette "Station du chemin de fer" en haut à gauche, de la nouvelle gare inaugurée en 1842 (vue de face sur celle-ci, de l’arrière sur celle-là), mais aussi des lignes de chemin de fer elles-mêmes, dont on voit le tracé de part et d’autre des premiers quais couverts par des halles, élevées sur des potelets en fonte, adossées au bâtiment principal en pierre claire, lignes sur lesquelles on distingue d’ailleurs nettement au moins deux convois ferroviaires tractés par une locomotive (s’agit-il de la locomotive à deux essieux moteurs construite en 1839 par Stehelin & Huber pour le Strasbourg-Bâle?), jusque dans la marge à droite de la vue panoramique, conférant l’impression que le ballet des trains est ininterrompu.

 

 

"Station du chemin de fer", deuxième vignette située en haut à gauche de la "Vue de Mulhouse" de 1842.

Rappelons brièvement ici qu’à l’occasion de l’ouverture de la ligne Mulhouse–Thann en 1839 - soit l’année du décès précoce de Godefroy Engelmann -, Mulhouse se dote d’une gare provisoire construite en couleurs claires, située à l’extrémité de la ligne, avant le canal, à côté des ateliers de constructions mécaniques A. Koechlin & Cie. Une autre gare sera rapidement construite et inaugurée en 1842 pour la ligne Strasbourg – Mulhouse – Bâle, pour laquelle les études avaient été lancées dès 1837, donc avant même l’ouverture de la première ligne régionale entre Mulhouse et Thann. La ligne Strasbourg–Bâle, cette fois la première ligne internationale, est mise en service par tronçons, et inaugurée les 19 et 20 septembre 1841 entre Strasbourg et Mulhouse, en 1845 jusqu’à Bâle. Le train est rapidement un succès du point de vue du transport de voyageurs : la ligne Mulhouse–Thann est fréquentée par 550 passagers par jour dès décembre 1839 (avec une « pointe » à 2800 voyageurs le lundi de Pâques 1840). La ligne Strasbourg–Bâle connaît le même succès, avec 100 000 passagers dès la première année, et 700 000 en 1842. En revanche le transport de marchandises reste faible en ce début des années 1840, largement concurrencé par les tarifs avantageux des canaux, dont on voit bien sur cette vue qu’ils « doublent » la ligne de chemin de fer. De fait, c’est plutôt le transport de voyageurs que met en avant notre lithographie, avec ses couples de personnages se dirigeant vers la "Station de chemin de fer".

 

Le transport de marchandises est plutôt évoqué par la vignette voisine figurant la douane en bordure du canal et les entrepôts à l’arrière. Dans les deux cas il s’agit de représenter Mulhouse comme un « nœud » pour le transport fluvial et ferroviaire et, de ce fait, comme un pôle d’échange (la "poste aux lettres" est elle aussi, au passage, fièrement représentée) et une ville "connectée" aux autres centres économiques.

Il faut évoquer maintenant l’artiste auquel on doit, pour la vue centrale du moins, ce panorama de Mulhouse, et sa collaboration privilégiée avec Engelmann : Rudolf Huber. En effet, autant un Jean Mieg ou un Jacques Rothmüller ont été, avec J.-N. Karth, N. Chapuy et A. Bichebois (cheville ouvrière des fameuses Antiquités de l’Alsace…, sorties des presses d’Engelmann en 1828), parmi les principaux collaborateurs d’Engelmann pour les vues d’Alsace lithographiées des années 1820 et du début des années 1830 (les Manufactures du Haut-Rhin pour le premier ; les vues de Suisse, les châteaux d’Alsace, la suite des Petites vues d’Alsace (1829), Mulhouse, le voyage de Charles X et le Nouveau Quartier pour le second), autant Rudolf Huber semble être l’un des principaux collaborateurs d’Engelmann & Fils (Godefroy Engelmann meurt en 1839) en cette fin des années 1830 et en ce début des années 1840, qui voient l’avènement du nouveau procédé d’impression chromolithographique, dont le brevet d’invention a été déposé par Godefroy Engelmann à Paris en janvier 1837. Or on retrouve la signature de Rudolf Huber sur nombre de ces "incunables" de la chromolithographie. La Bibliothèque municipale de Mulhouse conserve dans son Cabinet des estampes, au sein du fonds de la Société industrielle de Mulhouse, un rarissime Album chromolithographique, ou Recueil d’essais du nouveau procédé d’impression lithographique en couleurs inventée par Engelmann père & fils à Mulhouse. Brevet d'invention 1837 (à Paris chez J. Risler fils / à Leipzig chez del Vecchio). Cet album comporte 7 chromolithographies : 4 sont dessinées par R. Huber d’après des œuvres picturales connues par ailleurs (un portrait d’homme d’après Greuze, Master Lambton d’après Lawrence, le Savetier flamand d’après une peinture hollandaise, un Bouquet de fleurs d’après Brienne), et 2, le Lac de Lowerz et la Cascade du Giesbach, sont dessinées par Rudolf Huber (Huber delt.) et imprimées en chromolithographies par "Engelmann père & fils à Mulhouse, Haut-Rhin".  La Bibliothèque conserve en outre de superbes Vues de Suisse et des Alpes chromolithographiées par Engelmann d’après R. Huber : Vue du lac de Thun et du Niesen, Le Staubbach. Vallée de Lauterbrunnen, Chute du Rhin près de Schaffhouse, ou encore Moulin à Barcelonnette. Ces exemples suffisent à montrer que R. Huber est indissociable de chromolithographies imprimées du vivant de Godefroy Engelmann, et qu’il a joué dans ce domaine un rôle pionnier au sein de l’atelier. Léon Lang, grand spécialiste de la production d’Engelmann écrit à ce sujet :

"L’auteur de ces chromolithographies, Rodolphe Huber (…), paraît avoir tenu dans l’imprimerie d’Engelmann le rôle délicat qui consiste à sélectionner les couleurs simples et à les dessiner sur pierres ; pour ce faire les imprimeurs-lithographes formeront des spécialistes, les chromistes. Huber paraît avoir été le premier d’entre eux."

On s’explique d’autant moins que notre "Vue de Mulhouse" dessinée par R. Huber n’ait pas été imprimée en chromolithographie mais coloriée à la main. Si l’on en doutait, indiquons que le Musée historique de Mulhouse conserve un autre exemplaire de cette même vue, et qu’il s’agit bien d’une lithographie en noir. On s’étonnera aussi que dans une lettre de Godefroy Engelmann à son fils Jean du 10 octobre 1838 (Archives de la famille Engelmann, legs G. Engelmann fils, 2E2, pièce 14), citée par Nicolas Pierrot, G. Engelmann déplore "le médiocre" talent de son principal dessinateur et chromiste…

Rudolf Huber (1770-1884), pour revenir à lui, n’est pas alsacien. C’est un artiste-peintre né à Bâle, qui aurait longuement voyagé et séjourné à Copenhague (1801), en Russie (1803-1813) ou encore à Strasbourg (1813-1814). C’est sans doute à cette occasion qu’il réalise une partie de ses dessins consacrés à l’Alsace, mais ce sont bien ceux, lithographiés, datant de sa collaboration avec Engelmann père & fils (soit au plus tard 1836) qui nous sont connus, d’autant que Mulhouse, les manufactures et usines du Haut-Rhin y tiennent une place de choix. R. Huber est en effet l’auteur des dessins des 20 (ou 21 ?) planches, composant la Suite de petites vues d'usines du Haut-Rhin (Mulhouse, Chromolith. de Engelmann père et fils, 1837) qui se présente un peu comme une suite aux lithographies en noir des Manufactures du Haut-Rhin dessinées par Mieg et lithographiées par Engelmann (1822-1825), avec la particularité que les 9 premières planches de cette suite (très rarement complète) sont des lithographies en noir, les 12 autres des chromolithographies, témoignant d’un changement de technique singulier en cours d’édition. Mais on doit aussi à Rudolf Huber une autre suite, a priori rarissime, intitulée Fabriques d'indiennes à Mulhouse et dans les environs, ou Suite des principales Manufactures et Filatures de la région de Mulhouse (titre proposé dans Inventaire du fonds français après 1800, J. Adhémar dir., Paris, 1958, t. X, p. 507), imprimée par Engelmann de 1837 à 1842.

La coloration de ces suites semble manifester une prédilection de notre artiste pour les sujets liés à l’essor de l’industrie et des techniques, et en particulier les nouvelles infrastructures de transport, comme en témoignent ses compositions pour une autre suite de la même période, véritable "produit dérivé" (N. Stoskopf) de la ligne Mulhouse-Thann, les belles Vues du chemin de fer de Mulhouse à Thann (8 planches chez Engelmann, 1839), parmi lesquelles une vue de la "Station  provisoire de Mulhouse" et un "Pont sur l’Ill" sur fond de manufactures et de cheminées fumantes ("Huber delt. / Chromolith. De Engelmann père et fils à Mulhouse"), de même que la vue de la gare de Thann que R. Huber dessine, reproduite en chromolithographie dans le petit album Souvenir du chemin de fer de Strasbourg à Bâle (Engelmann, 1842), à peu près contemporain du monumental Panorama des Vosges et du chemin de fer de Strasbourg à Bâle d’Émile Simon et de Théodore Muller.

Cette orientation de notre dessinateur-lithographe épouse bien le propos de cette "Vue de Mulhouse" qui – même si on devine qu’elle peut receler quelque "exotisme" pour le Français "de l’intérieur", auquel elle est manifestement destinée – est bien moins une vue "pittoresque" sacrifiant aux codes de la sensibilité romantique, que le tableau d’une ville jeune, du moins en plein développement, ancrée dans la modernité et tournée vers l’avenir qui se dote des édifices publics, des aménagements et des infrastructures lui permettant de s’affirmer - et de s’afficher - comme une ville qui prospère et qui lie son destin à son essor économique et industriel. De fait, Mulhouse n’est certes pas une ville de tourisme, on n’y prend pas les eaux, on s’y divertit a priori peu, mais le message véhiculé ici par la mosaïque des vignettes est qu’en ce début des années 1840 Mulhouse est une ville où l’on éduque, où l’on soigne, où l’on prie, où l’on travaille – on remarquera ceci dit que les cheminées d’usines et leurs fumerolles sont ici bien plus discrètes que dans la Vue de 1836, comme pour estomper un aspect trop "industrieux", et le fait qu’aucune manufacture ne soit représentée en vignette –, mais aussi une ville où l’on entreprend, où l’on bâtit, où l’on échange, une ville où l’on favorise le "progrès" et les innovations techniques. Ce qui n’interdit pas, au premier plan de la Vue, d’offrir un tableau relativement bucolique des environs de la cité, la "qualité de vie" ou   l’"agrément" pouvant venir s’ajouter aux atouts égrenés par ailleurs…

Sans qu’il soit possible ici de commenter chacune des vignettes pour elle-même, soulignons tout de même qu’il est particulièrement signifiant, par rapport à notre propos ci-dessus, que l’une d’elles représente le "Collège", même si par ailleurs les effectifs à Mulhouse dans l’enseignement secondaire demeurent relativement modestes en cette deuxième quart du 19e siècle (entre 1824 et 1845, en lien avec l’évolution démographique, on passe tout de même de 94 à 195 élèves). Le collège de Mulhouse, faute de construction d’un nouveau bâtiment, est transféré en 1821 de l’immeuble de la place Lambert (d’ailleurs visible dans la vignette représentant le "Monument élevé à la gloire de Lambert", derrière ce dernier, en arrière-plan), où il ne comptait que trois classes, dans l’immeuble de la Grand’rue (toujours facilement reconnaissable de nos jours). Notons qu’au moment où la lithographie est tirée, la salle de chimie, "fleuron du collège" de Mulhouse, a déjà été transférée au rez-de-chaussée du bâtiment de la Grand’rue, et qu’un certain nombre d’aménagements internes ont été entrepris par la Ville, à laquelle l’ancien propriétaire, Jacques Kœchlin (auquel la vignette juste au-dessus rend d’ailleurs hommage), avait cédé l’immeuble.

Cet enseignement secondaire tourné vers les "sciences et techniques" et l’"industrie" au sens large est dispensé dans un bâtiment dont Gérard Oberlé rappelle bien à propos qu’il fut occupé "jusque-là par les ateliers de Godefroy Engelmann" et qu’il avait abrité, avant la Réunion de Mulhouse à la France, l’"Académie préparatoire au Commerce". Parmi la douzaine d’édifices représentés dans les vignettes, on a donc choisi de représenter un immeuble que Godefroy Engelmann a lui-même occupé plusieurs années au retour de son "stage" à Munich à l’été 1814 et, surtout, dans lequel il a créé en cette même année 1814 ce qui est communément considéré comme le premier établissement lithographique ouvert en France, à Mulhouse (il sera ensuite transféré rue de la Justice), soit deux ans avant l’inauguration de l’établissement parisien du Comte de Lasteyrie (avril 1816) et la fondation de l’imprimerie parisienne d’Engelmann & Thierry, rue Cassette (juin 1816). De fait, on ne peut que donner raison aux auteurs de cette lithographie en considérant cet immeuble comme "emblématique" de Mulhouse.

Quelques questions, en guise de conclusion, qui n’ont pu recevoir que quelques pistes de réponses dans le cadre de ce Trésor du mois : comment et où cette "Vue de Mulhouse", manifestement destinée à un public auquel on croit utile d’indiquer que la ville se situe dans le département du Haut-Rhin, a-t-elle été diffusée ? Cette lithographie, véritable support de "marketing territorial" avant l’heure (à la conception duquel les autorités municipales et les élites économiques ont sans doute prêté attention, voire davantage), égrenant les "atouts" et vantant la vitalité économique de Mulhouse, a-t-elle contribué à y attirer des visiteurs, ou des "investisseurs" ? Pourquoi une lithographie en noir, alors que le procédé de "lithographie en couleurs" est déjà au point, et que Rudolf Huber a directement contribué à le mettre en application et à l’illustrer dès 1837 avec Godefroy Engelmann et son fils ? Rudolf Huber a-t-il lui-même reporté sur la pierre ses dessins, comme le fit par exemple Jacques Rothmüller pour ses vues du Projet de Nouveau Quartier ou ses célèbres Vues pittoresques… de l’Alsace (Colmar, Hahn & Vix, 1838-1841), ou en a-t-il confié le soin à l’atelier Engelmann ? Parviendrait-on, en s’aidant des éléments du premier plan, notamment des rares maisons bâties, de la large voie et des terrassements aménagés à flanc de colline, à déterminer assez précisément le point de vue duquel l’artiste a réalisé son panorama ? Cette "Vue de Mulhouse" ne comporterait-elle pas, enfin, pour les vues de certains monuments qui encadrent la vue centrale, quelques "réemplois" de vues préexistantes, le cas échéant d’autres artistes-lithographes : Jean Mieg pour le Nouvel Hospice civil, Chapuy pour le monument Lambert, Rothmüller pour l’Hôtel de Ville (qui "résume" Mulhouse dans les célèbres Vues pittoresques des châteaux, monuments et sites remarquables de l'Alsace..., Colmar, Hahn & Vix, 1839, pl. 111), le même Rothmüller et Pedraglio pour le Nouveau Quartier, etc. ? Et la vue en perspective centrale ne serait-elle pas elle-même une reprise, non plus "d’après nature", mais dans l’atelier, de la "Vue de la Ville de Mulhouse. 1836" du même Rudolf Huber ? Seule une « exégèse » iconographique plus poussée serait à même de le confirmer ou non – le propre d’un "trésor" étant de ne pas se livrer d’un seul regard…

Auteur : Michaël Guggenbuhl

Bibliothèque municipale de Mulhouse, Cabinet des estampes, BM Als. Pays. Plano / E7524
Rudolf Huber, Engelmann Père & Fils, Vue de Mulhouse, vers 1842

Notes : Pierrot, Nicolas : "Mulhouse, berceau de l'imagerie industrielle. Origines, transmission et fonctions des Manufactures du Haut-Rhin", Hypothèses 2002/1 (5), pages 103 à 114, https://www.cairn.info/revue-hypotheses-2002-1-page-103.htm

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