Un manuscrit jaïna sur papier indien du 15e siècle

Textes sacrés et enluminures indiennes

Le fonds de manuscrits indiens constitue l’une des originalités des collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Parmi ce fonds, la collection de manuscrits jaïna est particulièrement remarquable : riche de 334 pièces, elle est la plus importante de France. Elle fut réunie à l’initiative du professeur d’indianisme à l’université impériale allemande de Strasbourg de 1884 à 1918, Ernst Leumann (1859-1931).

C’est à partir du 14e siècle, dans le prolongement de la conquête turco-afghane, que la feuille de papier remplaça progressivement sur l’ensemble du sous-continent indien la feuille de palme – ou ôle – dans la fabrication des manuscrits.

 

 Si le support avait changé, les scribes conservèrent toutefois dans la découpe la forme allongée de la feuille de palme et marquèrent d’un ou de plusieurs points à l’encre rouge le ou les trous qui servaient précédemment à ficeler les liasses de feuilles. Plus larges, les feuillets en papier offraient la possibilité non seulement d’apposer au texte principal des commentaires en utilisant les marges, mais encore de réaliser des enluminures à la gouache à base de pigments colorés. Le manuscrit présenté ici est représentatif de cette évolution.

Daté de 1473, il s’agit d’un sûtra (traité) en langue prâkrit et en graphie nâgarî. Sur 97 feuillets de papier indien, il comprend en son centre l’Uttarâdhyayana sûtra, l’un des quarante-six enseignements attribués à Nirgrantha Jnatiputra dans lesquels la vie ascétique est magnifiée et le jeune religieux jaïna mis en garde contre les obstacles à la parfaite et complète délivrance du cycle des transmigrations (samsâra).

Dans les marges figure un commentaire anonyme en sanskrit. L’encre rouge est utilisée pour marquer les pauses et les fins de phrases (par un double trait vertical) ainsi que pour la numérotation des phrases. Chaque chapitre est illustré par une enluminure représentant souvent Nirgrantha Jnatiputra avant ou après son Éveil.

Ce manuscrit strasbourgeois servit pour la réalisation par Hermann Jacobi (1850-1937) de la traduction anglaise de l’Uttarâdhyayana sûtra éditée en 1895 dans la collection des Sacred Books of the East.

 

Auteur : C. Lorentz, d'après une étude établie par G. Ducoeur (Texte publié dans Trésors des Bibliothèques et Archives d’Alsace, ouvrage réalisé sous la direction scientifique de Rémy Casin, Jean-Luc Eichenlaub, Bernadette Litschgi, Claude Lorentz, Laurent Naas et Mathilde Reumaux, Éditions La Nuée Bleue / Éditions du Quotidien, en coédition avec l’association de Coopération régionale pour la documentation et l’information en Alsace, Strasbourg, 2017)

Bibliothèque nationale et universitaire, MS.4.385
Uttarâdhyayana sûtra, [1473], 97 f.