Parmi les riches collections de la Bibliothèque municipale de Mulhouse se trouvent plus de 1 400 cartes et plans, dont un remarquable planisphère céleste en couleurs du célèbre éditeur de cartes Tobias Conrad Lotter.
Celui-ci travaille d’abord comme graveur pour Matthäus Seutter (1678-1757), géographe impérial, éminent graveur et éditeur de cartes installé à Augsbourg. En 1740, Lotter épouse la fille de Seutter, Euphrosina (1709-1784).
À la mort de Seutter, sa prospère maison d’édition revient à son fils, mais celui-ci décède cinq ans plus tard. Sa veuve divise alors l’entreprise en deux et en vend la moitié à Lotter, ce qui représente surement des centaines de cartes et des plaques de cuivre gravées par Seutter.
Lotter peut donc continuer à publier les cartes de Seutter, les retravailler ou en produire de nouvelles. Elles sont ensuite vendues séparément ou réunies au sein d’atlas somptueux. Ces atlas étaient de véritables splendeurs et sont toujours recherchés par les bibliophiles, mais on ne les trouve que rarement dans leur intégralité. L’aspect matériel de notre Planisphærium coeleste laisse d’ailleurs entendre qu’il a probablement été extrait d’un atlas, l’Atlas novus de Lotter.
Il est en revanche certain que pour produire cette magnifique carte, Lotter a copié la plupart des éléments d’un planisphère céleste réalisé au cours de la première moitié du siècle par Seutter, lui-même très largement inspiré par un planisphère de la fin du XVIIe siècle de l’astronome et graveur Georg Christoph Eimmart (1638-1705) également conservé au sein de nos collections.
Ce planisphère nous offre donc une représentation du ciel typique du XVIIIe siècle.
Il allie l’esthétisme à une forme de rigueur scientifique. Aussi ce planisphère, gravé sur cuivre, puis coloré à la main dans des teintes lumineuses, nous laisse voyager à travers le cosmos et propose une vision captivante de la voûte céleste. Les constellations des hémisphères nord et sud y sont représentées sous des formes majestueuses. On y repère notamment la Grande et la Petite Ourse, Andromède, Hercule, la Vierge ou encore Pégase.
Si ce spectaculaire Planisphærium coeleste : secundum restitutionem Hevelianam et Hallejanam est le fruit de l’incontestable talent artistique de Lotter (et avant lui Seutter et Eimmart), il reste d’une précision astronomique remarquable. La représentation des constellations s’appuie ainsi sur les travaux de catalogage des étoiles et les observations astronomiques des savants Jan Heweliusz (1611-1687) et Edmond Halley (1656-1742).
Autour des constellations, des schémas donnent à voir les modèles géocentriques de Ptolémée (IIe siècle) et Tycho Brahe (1546-1601) et les modèles héliocentriques de Nicolas Copernic (1473-1543) et Philippe van Lansberge (1561-1632). Figurent aussi deux sphères armillaires, deux globes terrestre et céleste, un diagramme illustrant l’influence de la Lune sur les marées et un autre expliquant les différentes phases de notre satellite.
Avec ce planisphère, Lotter propose de manière pédagogique des images exactes du ciel tout en laissant l’œil s’évader avec plaisir dans un fascinant océan d’étoiles. Ce pouvoir de fascination reste intact, malgré le déclin de l’entreprise de Lotter. En effet, à sa mort, ses fils héritent de l’affaire et perpétuent un temps la tradition familiale mais finissent par devoir s’incliner face à une concurrence croissante.
Auteur du trésor : Myriam Schoeny, Bibliothèque municipale de Mulhouse
Référence :
Tobias Conrad Lotter, geogr., excudit
Editeur inconnu [Augsbourg]
[Entre 1740 et 1780]
Collation : 1 feuille : en couleurs ; 480x570 mm
Cote A200
Pour aller plus loin :
- Version numérisée
- https://www.numistral.fr/fr/cartes-celestes
- Conférence de la Société Astronomique de France sur l’histoire de la cartographie céleste : https://www.youtube.com/watch?v=IWfdOg7x3hA